La preuve que vous devriez changez d’emploi!

Chaque matin, c’est le jour de la marmotte. Vous vous réveillez, vous fermez votre cadran quatre fois en ligne pour finalement vous lever en retard. Vous faites le même trajet en voiture que vous avez fait la veille et vous êtes dans le même état d’esprit : vous allez travailler à reculon. Vous vous dites sans doute, ‘‘Cr** que ça ne me tente pas!!’’ La seule motivation qui vous pousse, c’est le jeudi de la paye. Finalement, pour être clair, même si ça semble cru, vous êtes en train de mourir à petit feu. Bon… vous allez sans doute dire que j’y vais trop fort et que j’exagère. Au fond, votre job, ce n’est pas si pire que ça. Eh bien je crois que vous tentez de vous convaincre vous-même et qu’en réalité, vous n’y croyez même pas! Je vous comprends. J’ai déjà été à votre place. Pendant des années, j’ai été commis d’entrepôt et avant, j’étais caissier pour une certaine chaîne de dépanneurs ‘‘un peu’’ connue. Quand on est encore étudiant, ce n’est pas si mal. On sait que c’est un coup à donner pendant l’école. C’est un peu comme un compromis temporaire.

Mais j’ai envie de vous raconter une autre tranche de vie. À une certaine époque, j’avais encore tous mes cheveux et je ne savais plus trop ce que je voulais faire de ma vie. Un jour que je travaillais au dépanneur du hibou avec mon meilleur ami, je lui ai dit quelque chose comme ‘‘J’ai pu de motivation… Y’a plus rien qui me pousse…’’. Bon je sais, c’est un moment dans ma vie ou je me cherchais un peu. Mais pourtant! La partie la plus importante de mon travail était le service à la clientèle, donc quelque chose que je DÉTESTAIS faire en considérant que ce n’était pas pour ma propre entreprise. Quoi? Ne me dites pas que vous vous êtes reconnus!? Pas pour les ennuis capillaires j’espère… Eh bien voilà! C’est l’occasion ou jamais de changer d’emploi!

Comme disait Jean-François Lisée lors de la dernière campagne électorale, Sérieusement! Voici quelques petits exemples qui peuvent peut-être s’appliquer à votre situation. Si c’est le cas, c’est peut-être un signe!

  • Vous parlez sans cesse de démissionner, mais vous ne le faites jamais.

  • L’ambiance entre les employés est toujours négative, toxique et lourde.

  • Le domaine de votre emploi ne vous intéresse tout simplement pas.

  • Vous n’avez aucune possibilité d’avancement dans l’entreprise.

  • Vous n’êtes pas fier de parler de votre emploi.

  • Vous êtes facilement irritable.

Ça ne vous dit rien? Ok, pas de problème. Vous êtes bien dans votre routine? Je vous comprends. C’est vrai qu’on est très confortable dans notre train-train quotidien. Je vais tout de même vous laisser cette petite information ici. Avec la fameuse pénurie de main-d’œuvre, c’est vous qu’y avez l’embarras du choix! Les employeurs sont prêts à accepter VOS conditions et à vous offrir un salaire très intéressant!

Il peut aussi y avoir le stress financier. Vous savez quel montant vous allez recevoir et à quelle fréquence. Avec un nouvel emploi, qui peut être plutôt précaire les premiers mois, la sécurité financière n’est pas la même. Et si ça ne fonctionnait pas? Et si du jour où lendemain, vous n’aviez plus aucun revenu alors que les paiements s’accumulent? Je vais être franc, c’est effectivement effrayant. Pourtant, la phrase qui suit ne va peut-être pas vous plaire. Il y a des moments dans la vie où il faut prendre des risques. Vous avez sûrement entendu des millions de fois la phrase “Qui ne tente rien n’a rien!” Eh bien oui. Si vous n’essayez pas, votre vie ne changera jamais. Il y a certains moments dans la vie où il faut sauter dans le vide. C’est aussi simple que ça. Je vous le confirme, ce sont bien des phrases usées à la corde, mais parfois, il faut arrêter d’analyser et foncer.

Je ne suis pas meilleur que vous. J’ai une liste incalculable de défauts, en plus d’avoir beaucoup de difficultés à être ordonné. À l’occasion, ça arrive que mon patron me dise ‘‘Très bon ce que t’as fait aujourd’hui! J’suis ben content!’’ Encore aujourd’hui, ça me fait toujours plaisir d’entendre ça. Quand je rentre travailler le matin, j’aime mon emploi et j’ai vraiment le goût de faire un effort et de donner le meilleur de moi-même! Honnêtement, avant d’avoir ce poste, si quelqu’un m’avait dit que ce genre d’emploi existait, j’aurais été très sceptique. J’aurais sans doute répliqué que l’essentiel, c’est le salaire et on verra après pour le reste. Au risque de me répéter, c’est bien pour un an ou deux, le temps des études peut-être, mais pour une carrière à vie? Vous allez vraiment la choisir d’après le taux horaire? Tant pis si vous passez votre vie à avoir hâte au vendredi?

La question qui tue. Vous êtes-vous reconnus dans cet article? Si vous êtes déjà de mauvaise humeur à 7h le lundi matin, qu’attendez-vous? Si vous voulez savoir, ma prescription est de sauter dans le vide! Avez-vous vraiment quelque chose à perdre?

Sources:

https://www.selection.ca/carriere/15-preuves-que-votre-emploi-ne-vous-convient-peut-etre-plus/

L’importance de mettre un peu de viande autour de l’os

Si vous croyez que le référencement web consiste à trouver des références drôles à des films connus, non seulement vous vous trompez, mais vous ne devriez pas manquer un mot de cet article!

‘‘Non moi je n’ai pas besoin de mettre de texte sur mon site web, j’ai une entreprise de construction! De toute façon, tout le monde sait que je suis quelqu’un de manuel! Pourquoi je commencerais à écrire des textes?’’

Je vous comprends. C’est même un raisonnement logique jusqu’à un certain point. Je voudrais tout de même vous poser une question. De nos jours, si quelqu’un a besoin d’un entrepreneur en construction, comment va-t-il s’y prendre pour en trouver un? Avez-vous vu quelqu’un sortir son bon vieux bottin des pages jaunes au cours des dernières semaines? Si oui, prenez-vous un billet de loterie!

Vous l’aurez deviné, la personne va probablement chercher sur un moteur de recherche ‘‘un peu’’ connu. Vous le connaissez peut-être. Son nom commence par Goo et se termine par Gle. Voulant aller au plus simple, elle va sans doute prendre le premier site web en haut de la liste et téléphoner. Malheureusement pour vous, vous n’êtes qu’à la cinquième page de la liste sur Google. Eh bien je regrette de vous l’annoncer, mais vous venez de perdre un client.

Alors, comment faire pour convaincre Google de vous envoyer au sommet de sa liste? La méthode la plus facile (et la plus coûteuse), est de payer. Honnêtement, à long terme, l’investissement n’en vaut pas la peine. En fait, la solution, pour résumer, c’est d’avoir du contenu sur votre site web qui contient les mots que Google recherche. Plus votre site contient les mots que les gens vont rechercher, plus il a des chances d’arriver en tête de peloton. Bon, je vous l’accorde, c’est beaucoup plus complexe que ça. D’où l’importance de faire appel à un pro qui sait ce qu’il fait!

Projeter l’image de l’expert que vous êtes

Imaginez un instant un client potentiel qui arrive sur votre site web pour trouver deux simples petits onglets. Aucun texte explicatif. Aucun paragraphe pour expliquer l’histoire de votre entreprise, aucun portfolio avec vos plus récentes réalisations. Une simple petite page avec votre logo, un slogan et vos coordonnées. Quelle image allez-vous projetez? Aurez-vous l’air d’un professionnel avec plusieurs années d’expérience ou de quelqu’un qui a décidé la semaine dernière de se lancer dans ce domaine et qui a rapidement publié un site web bâclé?

Maintenant, fermez vos yeux et imaginez un site web qui projette une image rigoureuse, sérieuse et fiable. Sans être incroyablement beau, il contient un onglet ‘‘Notre histoire’’ avec un récit qui explique les débuts de l’entreprise et un onglet ‘‘Réalisations’’ dans lequel on retrouve des images de vos plus récents contrats avec des explications détaillées. Un troisième onglet pourrait s’intituler ‘‘Des techniques de travail incomparables’’. On pourrait y expliquer deux ou trois méthodes que vous utilisez qui sont reconnues dans le milieu comme étant fiables. Je ne vous dis pas que tous vos clients potentiels vont prendre le temps de lire assidûment toutes les pages de votre site web. Il se peut très bien que certains d’entre eux passent un peu plus vite sur l’histoire de votre entreprise et se contentent de vous contacter pour vous demander un prix. Mais l’important, c’est qu’ils seront impressionnés. En voyant que vous avez publié toutes ces explications, ils se diront probablement mentalement ‘‘Wow! Je n’ai pas le goût de tout lire ça, mais il doit savoir ce qu’il fait s’il est capable de tout l’expliquer!’’

Alors c’est simple! Posez-vous la question. Voulez-vous avoir l’air vraiment professionnel? Voulez-vous avoir l’air d’un entrepreneur sérieux et rigoureux qui livre ses contrats aux dates prévues et qui sait très bien qu’il a fait un travail irréprochable? De nos jours, tout est une question de perception et de première impression. Un site web soigné avec du texte, des explications et un résumé de l’histoire de l’entreprise peut faciliter votre référencement web, donc votre classement dans les résultats de recherche de Google. En plus, vous gagnerez la confiance de futurs clients avec une image professionnelle.

Je vous suggère même de publier du nouveau contenu au minimum une fois aux deux semaines pour un meilleur résultat. Ce peut être sur les techniques que vous avez utilisées sur votre plus récent contrat ou sur les nouveaux matériaux plus durables que vous avez commencé à vous servir. Avec beaucoup de ‘‘viande’’ autour de ‘‘l’os’’ et de nouveaux textes régulièrement, votre site web se classera plus facilement en tête de liste des résultats et vous finirez par devenir un expert reconnu dans votre domaine. C’est garanti, tout ça ne vous apportera que du PO-SI-TIF! Qui sait? Peut-être que ce sera autant payant que la fois que vous avez sorti ‘‘anticonstitutionnellement’’ au Scrabble!

Maintenant que je vous ai convaincu, probablement qu’il ne reste qu’un seul problème. Si vous avez une entreprise à faire tourner, quand allez-vous trouver le temps d’écrire de longs textes sur votre métier?

Eh bien, je vous laisse mes coordonnées ici, juste au cas.

Francis Boutin,

[email protected],

418-929-5113

Comment Trouver la force de se lancer

De nos jours, tout va vite. Avec la routine qui nous prend énormément de temps et d’énergie, on apprécie énormément les petits moments de relaxation. Que ce soit cinq ou dix minutes à flâner sur les réseaux sociaux ou que ce soit une heure à écouter la nouvelle saison de la dernière série télévisée à la mode, on tient à ces moments, car ils sont rares. Voilà pourquoi, selon moi, on a tant de misère à se mettre en marche lorsqu’on veut se lancer dans un projet. Je le sais, car pendant plusieurs mois, avec la routine de la semaine, j’ai laissé aller mon blogue. Eh oui, je ne m’en occupais plus, je plaide coupable. En plus, même en recommençant à l’alimenter, j’avais peur de faire des efforts pour rien.

Comment faire, donc, pour se donner un bon coup de pied et trouver le temps et l’énergie dans nos projets? Eh bien je vous annonce que la première chose à faire, c’est de cliquer sur le lien ci-dessous :

https://francisboutin–latranchee.thrivecart.com/double-ta-valeur/

Eh oui, il manque un livre dans votre collection. Le tout dernier d’Olivier Lambert, Double ta valeur, m’a énormément aidé à me refocusser. C’est un livre incomparable pour vous ‘‘crinquer’’. Eh oui… malheureusement, il parle de sacrifices que vous devez faire. Car étant donné que la vie est cruelle, réussir sa carrière, que ce soit un blogue ou n’importe quoi d’autre, demande du temps, des sacrifices ainsi que des efforts. Alors, si vous voulez mon avis, vous devriez vous lancer! Qu’attendez-vous? Cliquez sur ce lien pour trouver la motivation pour pouvoir changer votre vie!

Ce livre est simplement brillant. Il touche à plein de sujets. Il parle des échecs qui nous apprennent à persévérer, il parle de ceux qui parlent de se mettre en action, mais qui ne font rien lorsqu’une occasion se présente. Il nous aide aussi à visualiser le succès. Que va-t-on s’acheter lorsqu’on va réussir à faire beaucoup de sous?

Finalement, il y a quelques semaines (après avoir terminé de lire Double ta valeur), j’ai pris une grande respiration et j’ai ressorti la copie imprimée du ‘‘e-book’’ Confessions d’un blogueur du même auteur. C’est complètement malade comme livre. Olivier Lambert vous prend par la main et vous explique, étape par étape, comment faire pour en arriver à un blogue profitable. Il va d’ailleurs vous spécifier qu’on ne fait pas de sous avec le site web en tant que tel, mais bien avec l’audience. Évidemment, il ne vous donne pas l’adresse d’un site Internet magique sur lequel vous trouverez une façon miraculeuse de devenir riche. Il vous explique comment rendre un blogue rentable, mais vous devrez évidemment y mettre du vôtre et beaucoup d’efforts. Je vous recommande énormément ce livre.

Là, vous vous dites sans doute, mais pourquoi prendre du temps pour faire de la promotion pour quelqu’un d’autre? C’est simple! Il m’a converti. Je suis devenu un adepte. En fait, ce que j’admire d’Olivier Lambert, c’est surtout tout le contenu qu’il DONNE via ses nombreuses plateformes. Sa dernière en lice est le site web www.latranchee.com; une communauté d’entrepreneurs qui sont là pour s’échanger des trucs et des informations. Par exemple, j’ai aussi un e-book qui explique, pas à pas, comment réussir une bonne publicité Facebook. Vous conviendrez avec moi que, la plupart du temps sur Internet, ce sont des formations à vendre que l’on retrouve. Oui, évidemment, Olivier vend des formations plus complètes. Après tout, on ne peut pas toujours vivre d’amour et d’eau fraîche. Faites-moi confiance, Hydro Québec n’accepte pas les paiements en eau fraîche.

Bref, tout ça pour dire que oui, je m’en confesse, je suis un fafan d’Oli Lambert. Et je vous le jure, vous êtes à un clic de le devenir aussi. Pour ma part, tous les outils qu’il a mis à ma disposition m’ont grandement aidé.

La Plus Belle des Tombes

Mes cheveux courts et ma barbe de quelques semaines font de moi quelqu’un à l’allure louche. J’arrête le moteur de ma moto et l’immobilise. D’un geste fluide et naturel, je lui mets son pied et descends. La nuit est froide. Glaciale. En cette dernière soirée d’octobre, il est étonnant que la première neige ne soit toujours pas tombée. La porte du cimetière est fermée à clé, mais je m’en fous complètement. J’ai fait plus d’une heure de route pour me rendre ici et je compte bien voir ce qui m’intéresse. J’ai pensé à tout. Au dep, j’ai mis un peu de gaz dans un petit bidon et j’ai acheté des cigares et un lighter.

L’ambiance conviendrait sans aucun problème à un film d’horreur. Même la date est à propos. La rosée sur le gazon, l’obscurité, les pierres tombales, l’épaisse couche de brume, c’est à donner la chair de poule. J’entends même de drôles de bruits qui auraient fait fuir sans doute les plus braves. Pourtant, rien ne me fera changer mes plans. Bien qu’on ne puisse pas voir grand-chose, je sais exactement à quel endroit se trouve la pierre que je cherche.

N’ayant que mon cellulaire comme seule source de lumière, je progresse lentement. En entendant un craquement, je me retourne nerveusement et je sonde les parages. Sans vraiment m’en rendre compte, j’arrête même de respirer. Le silence lourd n’a rien de rassurant. Tout ça pour me rendre compte que c’est moi qui a marché sur une branche morte… Je suis peut-être un peu sur les nerfs, finalement. Peu importe. C’est ce soir que je tourne la page! Il faut… non. Je dois me rendre au bout! Je jette un coup d’œil à chaque début de rangée. Je vais reconnaître la bonne.

Ça y est. Voilà la pierre que je cherchais. Je m’approche et m’accroupis à la gauche de celle-ci pour pouvoir lire ce qu’il y figure. Je ne peux pas m’installer devant, car un immense trou s’y trouve. Très lentement, je passe mes doigts sur les lettres.


« Le Monstre Noir
1990-2017

C’est ici que tu reposeras pour l’éternité.
C’est terminé.

Tu ne m’empêcheras plus jamais d’avancer, de douter ou de foncer dans la vie.

Ma nouvelle vie commence aujourd’hui et tu n’en feras pas partie. »

D’un calme olympien, je contourne le trou béant et m’accroupis de nouveau. J’ouvre le petit galon. De nouveau debout et avec le sourire aux lèvres, je verse abondamment de l’essence partout au fond du trou. Normalement, il devrait avoir plus ou moins 6 pieds, mais ce dernier semble sans fin. Quoi qu’il fait si noir… et le trou est aussi noir que la nuit. Le vent frais et humide annonce un orage qui ne saurait tarder, mais peu importe. C’est ce soir que j’en finis avec lui. Enfin. Le moment que j’attendais tant! Après avoir pris le temps de m’allumer un cigare, je regarde l’allumette se consumer lentement. C’est incroyable à quel point un si petit bout de bois peut éclairer autant. Je finis par la laisser tomber au fond du trou. Je la regarde s’éloigner, puis disparaître. La scène est comme au ralenti, jusqu’à ce que d’énormes flammes jaillissent du trou. Impressionnantes, elles dansent devant moi et leurs grandeurs imposent le respect. Je prends quelques instants pour repenser à tous ces moments où j’ai douté. Je réfléchis à toutes les fois où j’ai eu peur de la réaction des autres. Je songe à cette chose qui se trouvait au creux de mon ventre. Cette angoisse qui me rongeait. La peur de ne pas être à la hauteur et qui, plus souvent qu’autrement, m’a fait assez peur pour m’empêcher de parler ou m’empêcher d’essayer… tout simplement. C’est tout ça qui est en train de se consumer au fond de ce trou. À partir d’aujourd’hui, je fonce.

Les flammes à peine éteintes, je m’empare de la pelle. Je regarde chaque pelletée de terre tomber dans ce qui a tout l’air d’un puits sans fond. Il ne pleut toujours pas, mais l’air est de plus en plus humide et froid. Les bourrasques de vent me fouettent le visage alors que j’envoie la dernière pelletée de terre dans le trou. Je n’en ai pas assez pour remplir complètement le trou, mais ça n’a pas d’importance. Je laisse tomber la pelle à mes pieds juste avant que mes jambes flanchent et que mes genoux se retrouvent sur le sol.

Épuisé, en sueur et complètement frigorifié, des larmes de joie descendent le long de mes joues alors que je réalise que tout est fini. Ce criss de monstre ne me rongera plus jamais l’intérieur des tripes. C’est enfin terminé. Je l’ai tué et il est enterré.

J’ai tellement rêvé à ce jour… j’ai tellement voulu devenir quelqu’un… devenir un homme! J’ai tant voulu avoir ce sentiment de fierté et d’accomplissement dans toutes les sphères de ma vie! Maintenant qu’il appartient au passé, tout ça est à portée de main! J’ai sans aucun doute devant moi la plus belle des tombes!

L’étiquette Noire

Quel genre d’adolescent est assez fou pour construire une cabane de style « cabanon » dans la cour chez ses parents ̶ sans demander la permission avant? Quand je repense à ces années-là, j’arrive pas à croire que ma mère a été si patiente. Honnêtement, si j’avais été à sa place, probablement que la mèche aurait été beaucoup plus courte. Le moins que l’on puisse dire au sujet des étapes de la construction, c’est qu’elles furent plutôt… laborieuses. Je profite aujourd’hui de l’occasion pour remercier ma mère (pour sa patience) et mon vieux chum Vince, avec qui tout le projet s’est mis en branle.

Je ne sais pas trop comment les gens se sentaient à l’époque en apercevant l’inscription « Construction FC Boubou » qui avait été soigneusement apposée à l’aide d’une canette de peinture sur la façade. Merci à mon frère pour cet ajout ô combien pertinent! Probablement que le découragement envahissait leur cœur à la vue de cette signature, mais aussi à la vue de l’ensemble de l’œuvre.

Tout de même. Le découragement de tous ces gens n’enlève rien à tous les souvenirs que nous n’oublierons jamais. Ce serait sans doute impossible de ne pas oublier d’anecdotes tirées de la mythique cabane. Il y a eu un énorme toutou de Caillou cloué sans ménagement sur la porte… Il y a eu un gars qui a tenté d’ouvrir sa bière à l’aide d’une paire de pinces de type Visegrip… (la bouteille ne mit pas un long moment avant de voler en éclats). Il y eut aussi au moins une nuit de camping au deuxième étage… Il y avait celui qui portait toujours ses chemises de ninja et qui avait ses lunettes et ses cheveux frisés. Je me souviens de mes cheveux qui étaient définitivement trop longs. Ce fut aussi l’antre des premiers baisers d’une de mes amies. Par ailleurs, le plus important, c’est qu’il s’y déroula la toute première brosse d’une gang d’amis. Je ne suis pas prêt d’oublier ces soirées, car elles se déroulaient souvent de la même façon. Tout commençait, la plupart du temps, par une visite au dépanneur du coin. On finissait toujours par réussir à se procurer une sorte de bière en particulier. Le retour à la maison était ensuite un peu laborieux, certes, mais une fois arrivés, on était content de prendre place sur le divan trois places qui avait été un peu rétréci à l’aide d’une égoïne. En fin de soirée, il n’était pas surprenant de voir le mec aux cheveux attachés dégobiller dans la haie de la cour ou de voir un des joueurs nous montrer des parties de son corps là où… le soleil ne brille pas.

Je n’ai toujours pas non plus oublié la fin de cet endroit. Confronté à une date limite où la Cabane allait partir, j’ai décidé de faire le plus gros du travail. Pour l’occasion, j’ai reçu l’aide de deux de mes vieux amis. Une fois la toiture et les murs jetés par terre, il ne restait que le plancher à détruire. Je me souviens aussi que les voyages à la décharge furent nombreux.

Aujourd’hui, en repensant à cette époque et à cet endroit mythique, il m’arrive de boire cette marque de bière là. Je me replonge alors dans ces moments où je prenais place sur un des deux divans. Je ferme les yeux et j’essaie de revoir ces panneaux de préfinis qui habillaient si bien les murs. Je revois la petite table de salon sur laquelle mon frère aimait jouer de la batterie avec tout ce qui lui tombait sous la main. Lorsque ça arrive, j’ai un large sourire en regardant l’étiquette noire sur ma bouteille.

La Chasse au Bonheur

               Chaque semaine, j’ai une somme respectable d’argent qui rentre dans mon compte. Certes, je ne suis pas riche. Par contre, je travaille fort et je suis fier d’avoir gagné tout ce que j’ai. Je ne crois pas que je serais fier de moi si je ne faisais pas d’effort pour conserver tout ce que j’ai. Je m’occupe de tout ce que j’ai à régler et je ne tiens rien pour acquis.
                Pour moi, le bonheur c’est aussi la satisfaction qu’on ressent quand on a le sentiment du devoir accompli. Par-dessus tout lorsque je suis fier de m’être suffisamment investit dans mon couple, et ce parce que je suis heureux de prouver avec du concret à ma blonde que je l’aime et que je tiens à elle.
                Au cours de l’été dernier, j’ai changé mon cellulaire qui fonctionnait encore pour un modèle d’une autre marque. Ça faisait plusieurs mois que j’en voulais un. Pour quelle raison? Je n’en sais rien. Est-ce que je cherchais à combler un vide? Avec du recul, j’ai une vague impression que j’y voyais une sorte de bonheur. Évidemment, je me suis vite rendu compte que bien qu’il soit beau, il n’a pas changé ma vie. Aujourd’hui, je sais bien que je m’étais créé un besoin.
              À présent, je sais apprécier une soirée ou une journée avec celle que j’aime et c’est exactement le genre de moment que je favorise. Il n’y a rien de mieux! On oublie tout ce qui nous préoccupe et l’on profite du moment! Pendant un bout de temps, je pensais aussi à changer de téléviseur. Par contre, le temps a passé et je sais qu’un film en bonne compagnie sur ma vieille télévision vaut mille fois plus qu’un nouveau téléviseur. Que ce soit du temps avec celle que j’aime ou un souper dans ma famille, le bonheur se cache dans les moments entre amis ou entourés de nos proches. Je pense qu’il suffit de se rendre compte de la chance qu’on a et d’en profiter. Le soir, quand ma blonde se repose les yeux, il m’arrive de me dire  »Aille… Y faut avouer que … ça va ben mes affaires! »
            Maintenant, je ne pense plus à ce que je pourrais acheter pour être heureux à court terme. Je suis déjà heureux et bien que j’ai des objectifs de vie et de carrière, ça ne m’empêche pas de profiter de la vie au quotidien. Certes, j’ai des projets à long terme, comme tout le monde. Par contre, ce sont de gros achats que j’aimerais faire avec l’élue de mon coeur. Aujourd’hui, j’espère avoir appris, en toute humilité, à profiter de la vie au jour le jour au lieu de sans cesse courir après un petit quelque chose de plus pour être encore plus heureux. J’espère avoir compris une fois pour toutes qu’au lieu de passer sa vie à courir après le bonheur, il faut savoir apprécier celui qu’on a déjà dans notre vie quotidienne.

Le Rocher de la vie

Alors qu’elle était incapable de cesser de regarder cette chute couler, la femme de 31 ans se remémora tous les détails du visage de son mari. Malgré la chaleur accablante, malgré les adolescents bruyants et les jappements de chiens, il était impossible pour elle de penser à autre chose qu’à celui qu’elle aimait toujours et qui lui avait été arraché si brutalement. Le militaire aux cheveux roux était toujours à ses côtés et, malgré tous ces changements, le rocher près de la rivière était toujours son endroit favori. Le gros érable bien fourni juste à côté, les tables à pique-nique un peu plus loin et l’ambiance légère et enjouée qui régnait autour d’elle : rien de tout cela n’avait changé malgré les semaines. Zoé soupira. Cette ambiance contrastait incroyablement avec son état…

La jolie jeune femme jeta un regard à l’heure sur son téléphone pour se rendre compte que le soleil s’était couché sans qu’elle en ait réellement conscience. Elle ferma les yeux quelques instants et finit par aller s’étendre dans le gazon. L’air était maintenant un peu plus frais et le calme était revenu à une heure aussi tardive. Elle se mit à regarder les étoiles. Alors qu’elle se demandait s’il était là, quelque part dans le ciel à la regarder, elle sentit quelque chose bouger dans son ventre et sourit. Probablement pour la première fois de la journée.

Il était maintenant assez tard pour qu’elle se relève et se dirige vers la voiture neuve qu’elle venait tout juste d’acheter. Il était temps qu’elle rentre chez elle. En auto, ce n’était pas très loin. Peut-être environ quinze minutes. Lorsqu’elle rentra enfin dans sa cuisine fraîchement rénovée, elle ne put retenir ses larmes. Normalement, c’était dans ce lieu qu’elle arrivait le plus à se changer les idées en cuisinant de bons repas pour sa famille, mais ça n’allait pas fonctionner ce soir. Aujourd’hui, elle avait l’impression que tout lui rappelait son mari. Rongée par la faim, elle finit tout de même par se préparer un sandwich au fromage et à manger avec un verre de vin. Assise sur son tabouret, elle mangea en silence, l’esprit complètement perdu, et tenta d’oublier cette souffrance. Elle se leva enfin pour aller dormir. Comme chaque soir, elle regarda d’abord longuement la porte close, cherchant la force de l’ouvrir et d’entrer dans sa chambre à coucher. Elle se dirigea finalement vers la chambre d’amis.

Un peu plus en forme le lendemain matin, la belle blonde se leva rapidement, prit le temps de déjeuner avant de partir pour son quart de travail. La journée terminée, elle se mit en route vers la rivière sans vraiment réfléchir. Tout était exactement comme la veille. Elle alla retrouver son rocher alors qu’elle sentait toujours quelque chose s’agiter dans son ventre. Elle avait une raison bien simple de se rendre à cet endroit. Elle adorait les moments qu’elle y passait avec Josh. Ils s’y rendaient toujours après leurs soupers en amoureux. Tous ces soirs étaient inestimables à ces yeux. Rien n’avait réussi à la rendre plus heureuse que ces mercredis soirs en bonne compagnie. Malheureusement, il y avait maintenant huit mercredis qu’elle s’y rendait seule. Elle y allait avec l’espoir que tout redevienne comme avant. Pourtant, elle savait bien que c’était impossible. Revoir le même paysage que durant ces soirées passées avec lui la rendait tellement heureuse!

C’était sans doute un peu ironique, mais les jours précédant son départ pour cette maudite mission s’étaient révélés être comme un conte de fées. Certes, une fois de plus, il devait partir pour un autre pays, mais elle en avait l’habitude… et ça fait partie de la vie lorsqu’on prend un militaire comme mari. Pourtant, apprendre qu’ils allaient devenir parents et le dire à son amoureux lui avait fait oublier la date fatidique de ce départ en mission, alors prévu pour trois jours plus tard. Heureuse d’être enceinte et sachant qu’après cette mission Josh allait prendre une pause dans sa carrière, elle était restée positive même lorsqu’elle s’était retrouvée seule. Jusqu’au jour où de hauts gradés de l’armée étaient venus cogner à sa porte…

Tout s’était alors effondré pour elle. Les semaines s’étaient écoulées et la douleur n’avait fait qu’empirer. Tous les projets qu’ils avaient construits ensemble, l’espoir d’enfin fonder une famille : tout ça avait disparu en même temps. Ce soir, c’était mercredi. Elle s’était une fois de plus rendue près de la rivière pour s’assoir sur son rocher préféré, comme chaque mercredi soir lorsque son mari rouquin était toujours de ce monde.

Le premier jour de ma vie

Une fois de plus, ma chambre d’hôtel est magnifique. J’ai traversé rapidement la pièce et laissé tomber ma guitare sur le lit pour me rendre directement sur le balcon. Une fois rendu, j’ai sorti une cigarette pour relaxer et profiter de cette vue imprenable. C’était ma première visite à Sydney et sincèrement, j’aurais du venir faire un voyage ici plutôt. Par une soirée comme celle-ci, alors qu’on peut voir toutes les lumières de la ville plongée dans la nuit, ça donne envie de déménager. Bien sûr, lorsqu’on fait la vie de tournée, c’est un sentiment qui nous prend souvent. Surtout lorsqu’on n’a pas d’attaches à notre ville d’origine : aucun enfant à voir grandir, aucune femme à aimer, seulement des parents et une sœur que je vois tout de même plusieurs fois par année.

Aucune femme à aimer… assez ironique de penser à ça. En fait, on peut donner plus qu’un sens au verbe aimer. Être une vedette du rock, célibataire en plus, comporte plusieurs avantages. Encore hier soir, une jeune femme que je n’avais jamais vu de ma vie s’est retrouvée dans mon lit. Ha! Le calme absolu me détend à un point fou. Le seul bruit lointain est celui des klaxons des voitures en bas. J’ai pris une autre bouffée de cigarette en souriant. Les filles… c’est sans doute le point qui me plaît le plus dans mon métier. Après tout, c’était bien une fille qui m’avait fait quitter ma ville natale il y a bien longtemps! En tout cas, ce n’était pas les drogues. Bien que j’en avais essayé quelques-unes au cours de ma première tournée internationale, je me suis vite tanné d’oublier complètement certaines soirées.

Parfois, à la tombée des rideaux, on n’a pas le sentiment d’avoir été incroyable. On se dit que l’on ne s’est pas donné à 110 %. C’est lors de ces soirées qu’on s’en veut. En général, on a envie de redonner aux admirateurs. On a envie de leur en mettre plein la vue. Ce soir, par contre, j’ai vraiment été à la hauteur. L’ambiance était électrisante et la foule avait été complètement déchaînée et plus bruillante qu’a l’habitude. Tout le groupe était en forme et le résultat a été très réussi.On a même rallongé le setlist de quelques chansons lors du rappel. Et ce soir, j’ai eu envie de me retrouver seul avec moi-même. J’adore les membres de mon groupe. En fait, on se connait depuis le début du secondaire. Par contre, être avec des gens presque 24 h sur 24 est parfois exigeant mentalement. Ce soir, j’ai même repoussé les quelques filles qui avaient tenté de me suivre. Je laisse glisser la cigarette de mes doigts et la regarde quelques instants tomber dans le vide. Puis, je me dirige vers le petit réfrigérateur pour voir si la seule demande que je fais aux hôtels a été respectée. J’ouvre la porte et me met à sourire alors que je m’empare d’une bonne bière froide. Les douze bouteilles de la caisse ont été placées là comme convenu.

Je n’ai jamais oublié le premier concert que j’ai donné avec mon groupe. J’avais réussi à organiser un concert gratuit en association avec la maison des jeunes de mon quartier. Je me souviens que j’y avais investi beaucoup d’énergie et d’efforts et que j’avais été déçu de voir le peu de gens présents. Par contre, aujourd’hui, j’y repense avec le sourire. À l’époque, même si je commençais à composer, on jouait de grands succès, histoire de faire plaisir à l’assistance. Dès que j’ai joué les premiers accords sur ma vieille guitare et que les quelques spectateurs présents se sont mis à m’encourager, cette sensation indescriptible m’a envahi et j’ai su ce que je voulais faire de ma vie. Ce jour-là a été le premier jour de ma vie.

Le Funambule

L’homme se mit à fixer ses mains. Il ne pouvait les empêcher de trembler. Ça le frustrait. Ne pas pouvoir contrôler son stress, pour lui, avait quelque chose d’insultant. Pourtant, il se conaissait bien. Il savait très bien que, chaque fois, c’était la même chose. Pourtant, il avait fait ses preuves à plusieurs reprises. Le spectacle qu’il offrait était parmi les meilleurs. Pourtant, chaque fois, la même question revenait. Allait-il être à la hauteur? Fait ironique, il était funambule.

Chaque fois que le moment d’embarquer sur le fil et d’impressionner arrivait, il passait par là. Mais cette fois, c’était différent. Cette fois, il prenait conscience qu’il devait être à la hauteur dans plusieurs aspects de sa vie. Sinon, il allait décevoir beaucoup de gens. Et la peur de décevoir le hantait et le mangeait de l’intérieur. Ça y était. La foule en bas l’attendait. Il se passa la main dans le visage, ferma les yeux et respira lentement. Il saisit sa longue barre de bois et mit un pied à travers la fenêtre et le posa sur ce cable de fer. Décevoir… le mot qu’il redoutait. Surtout depuis la veille. Il s’était assis à la table de la cuisine avec sa femme. Et là, elle lui avait dit. Cette fois, il n’y aurait plus de seconde chance. Il lui en restait une. Cette fois, il devait réellement surmonter son problème d’alcool. Cette fois, c’était différent. C’était sa dernière chance pour une bien simple raison: sa femme attendait leur premier enfant. S’il restait alcoolique, elle allait partir.

Au moins, ce qui faisait que c’était sa dernière chance était, par le fait même, une incroyable motivation. C’est vrai, après tout. Ne pas être à la hauteur pour son fils le pétrifiait. Carrément. Et qu’est-ce que son fils allait pouvoir tirer d’un simple père alcoolique? Oui. C’était un très bon funambule. Un des meilleurs. Assez pour qu’il gagne très bien sa vie en faisant ça. Mais avoir ce genre de vice, était-ce vraiment l’exemple qu’il allait donner à son fils? Que de boire régulièrement une trop grande quantité d’alcool était normal? Du haut de son fil d’acier, il entendit soudain les gens pousser un cri de surprise. Il revint à la réalité et se rendit compte qu’il avait fait un faux mouvement. Non. Il se recentra sur le fil. Il n’avait pas le droit à l’erreur. La plus petite pourrait lui être fatale. Un peu plus sur les nerfs, le front ruissellant de sueur, il se remit à progresser. Il en était à la moitié. Il devait être à la hauteur. Ce n’était sans doute pas la chose à faire, mais il ne put s’en empêcher. Le vent lui fouetta le visage et il vit bouger ses cheveux lorsqu’il regarda sous lui. La hauteur était impressionante. C’était maintenant un silence de mort qui reignait et l’ambiance était des plus lourdes. Il continua de progresser lentement en contrôlant sa respiration, mais porta quand même attention à son auditoire. De cette distance, il ne distinguait qu’un regroupement de petits points flous et lointains.

Comme chaque fois qu’il se prêtait à ce jeu, il avait perdu la notion du temps. À la seconde où son premier pied s’était posé sur le mince chemin d’acier. Combien de temps s’était -il écoulé? Il n’en avait pas la moindre idée. Par contre, il savait qu’il avait réussi une fois de plus et que ça avait passé à la vitesse de l’éclair. Il posa son pied droit dans le cadre de l’énorme fenêtre de la seconde bâtisse. Lachant son bâton de sa main gauche, il posa celle-ci sur ce même cadre à la hauteur de son épaule. Enfin, il entendit les spectateurs qui se mirent à applaudir lorsqu’il s’engouffra complêtement dans la fenêtre. Aujourd’hui, avoir été à la hauteur pour réussir son numéro ne l’avait pas inquiété. Du haut de ses 37 ans, il en avait l’habitude. Ne pas décevoir tous ces gens en bas l’importait, certes, mais il y avait surtout une seconde préucupation. Plus… importante. Être à la hauteur… Autant pour tous ces gens en bas, autant pour la femme merveilleuse qu’il avait épousé et autant pour son fils qui était en route : il le devait. Et pour se prouver qu’il pourrait, au moins une fois dans sa vie, être réellement fier de lui. Pouvoir se dire qu’il avait réussi à se débarasser de ce maudit vice. Oui. Par dessus tout, il devait être à la hauteur.

Zéro

Il s’était rarement regardé comme ça dans le miroir. Grâce à celui-ci, il regarda de nouveau ses yeux qui brillaient d’une incroyable détermination. Ces mêmes yeux bruns qui semblaient assortis avec ses cheveux châtins avaient changé depuis quelques jours déjà. Environ au même moment où il avait décidé que tout était terminé. Non, c’était bel et bien la première fois que, comme lui dans ce miroir, les gens pouvaient lire cette volonté et cette détermination dans son visage. Le moindre que l’on pouvait dire, c’était « mieux vaut tard que jamais! » Après tout, Marc allait bientôt avoir trente ans.

Avait-elle quelque chose à voir dans cette décision? Sans doute. Il sortit le rasoir qu’il avait acheté la veille à la pharmacie. Du plus loin qu’il se souvenait, il n’avait jamais eu la tête rasée. Il avait toujours gardé ses cheveux à une bonne longueur. L’effet allait probablement surprendre, mais ça lui importait peu. Le plus important pour lui était de ne pas être reconnu dans la rue. C’est ce qu’il se répéta chaque fois qu’il vit une épaisse mèche de cheveux tomber dans son lavabo. Un peu absent, il continua de fixer ses cheveux tomber alors qu’une de ses mains tenait le rasoir qui passait sur toute la surface de son crâne. Rapidement, le rasoir eut terminé et Marc se dévisagea un long moment dans le miroir. À présent, il ne pouvait plus reculer, ça c’était certain.

Même rendu à son âge, il n’avait pas grand chose. Il faut dire qu’éventuellement, il prévoyait partir avec elle, alors il avait arrêté d’acheter des meubles. Arrêter de penser à tout ça semblait vraiment impossible. Il fit le tour de son studio et fit rapidement le tri de ce dont il avait absolument besoin, de ce qui allait lui manquer et de ce qui lui était égal de laisser. Au fond, il le savait, c’était cet endroit qui allait vraiment lui manquer. Il retourna près de son lit avec son plus gros sac à dos. Par-dessus son couvre-lit, il avait déjà placé le linge qu’il apportait. Rapidement, il choisissa ce qui apparaissait le plus logique d’apporter et abandonna le reste. Il soupira alors qu’il retraversait pour une des dernières fois le petit logement glauque. Il retourna dans la salle de bain et fourra dans son sac sa brosse à dents, du dentifrice et du savon. Pour la septième fois aujourd’hui, il sentit des larmes couler le long de ses joues. Ignorant la tristesse qui l’envahissait, il entreprit de nettoyer l’évier et de jeter tous ses cheveux dans la toilette. Il n’était pas stupide. Des recherches auraient bientôt lieu ici. Ne désirant pas vraiment être retrouvé de sitôt, il n’allait tout de même pas laisser de cruciaux indices dans son appartement. Après quelques secondes d’hésitation, il fourra aussi le rasoir dans son sac. Pas parce qu’il avait l’intention de se raser fréquemment la tête et la barbe, mais plutôt pour s’en débarasser de façon plus subtile. Enfin. Ça y était. Il referma son sac et opta finalement pour prendre le temps de revenir à lui avant de quitter une fois pour toutes cet endroit.

Il prit de longues minutes pour se rincer le visage et reprendre son souffle. Il alla ensuite s’assoir sur son divan et regarder son celullaire, ses clés et son portefeuille qu’il avait déja abandonnés sur la petite table d’appoint à droite du fauteuil. Il aurait beaucoup trop facilité la tâche des enquêteurs s’il avait décidé de partir avec toutes ses cartes. Il aurait rapidement été retracé grâce à ses opérations banquaires. La veille, avant d’aller s’acheter de nouveaux vêtements sombres, il s’était donc rendu au guichet le plus proche pour retirer toutes ses économies. Marc n’allait donc même pas apporter ses pièces d’identité.

Résolu, l’homme enfila enfin son chandail à capuchon vert foncé et s’empara de son sac à dos pour le mettre sur son dos. Habitué à avoir l’air d’un politicien lorsqu’il travaille dans son bureau d’architecte, il serait dur pour ses proches de le reconnaître avec cette barbe de quelques jours, ces vêtements et dépourvu de cheveux. Pour une dernière fois, il balaya du regard son petit chez-soi qu’il laissait aujourd’hui derrière lui. Le coeur serré, il jeta pour une dernière fois un coup d’oeil à ce cadre de Seether qui ornait son salon, il regarda une dernière fois ces murs dont la partie inférieure était recouverte de lambris. Il vérifia enfin que l’argent était toujours au creux de ses poches. Sentant la liasse de billets dans sa main, il sortit enfin, en prenant bien soin de fermer les rideaux derrière lui et de bien barrer la porte avec la clé dissimulée sous une marche. Sortant en trombe, il s’arrêta net devant la voiture qu’il avait achetée quelques mois plus tôt. Il trouvait toujours que c’était une belle voiture et un bon achat. Pourtant, il allait la laisser derrière lui avec tout le reste et disparaître. C’était ce qu’il voulait après tout. Disparaître. Oui. C’était la bonne solution. La nuit était jeune. Il ne devait même pas être encore 23 heures. Il faisait beaucoup moins froid que les derniers jours. À travers le brouillard de ce temps humide, il contempla la lune. Cette pleine lune magnifique allait-elle le guider? Il ne se fiait pas trop sur ça. Alors qu’il commençait à marcher dans ce début de nuit de septembre, Marc s’arrêta devant une bouche d’égout. Se penchant, il regarda la clé qu’il avait prise sous les marches pour barrer la porte une dernière fois. Puis, il la lâcha et la regarda disparaître dans une des ouvertures de la structure de fonte. Il se releva et continua sa route sans se retourner. Ce soir, le temps était venu de recommencer tout à zéro.