Combler le vide

Tom était le genre de gars qui paraissait bien. Bien qu’il détestait les douchebags, il passait du temps au gym et aimait s’acheter du beau linge. Ses cheveux étaient toujours rasés et il portait fièrement de très belles lunettes. Par contre, rares étaient les occasions où il sortait dans les bars. C’était un gars organisé, qui venait de terminer un cours en mécanique auto et qui commençait à travailler dans le domaine. La dernière fois qu’il l’y avait échappé autant, c’était le jour où il avait bu pour oublier que sa relation de couple était chose du passé. Par contre, ce soir, il s’était retrouvé dans ce party sans trop le savoir et, après avoir réfléchi un bon moment dans son coin en contemplant la bouteille de Molson Ex qu’il venait tout juste d’ouvrir, il l’avait simplement calée, sans trop savoir s’il était sûr de sa décision. Il avait simplement calé celle-ci, puis l’autre, puis la suivante. Ces temps-ci, il ne buvait pas beaucoup. Par contre, chaque soir, les mêmes questions revenaient le hanter. Il n’en pouvait plus. Son seul désir était de passer au moins une seule soirée sans se demander quelle fille pourrait être une bonne alternative.

Non. Ces temps-ci, il ne buvait pas beaucoup. Il se couchait un peu tard pour quelqu’un qui travaillait de jour, mais bon. Il était assez tranquille. Aussi, la brosse qu’il venait de prendre avait fessé fort. Il venait d’entrer dans le salon de son appartement et, du plus loin qu’il se souvenait, le plancher n’avait jamais autant bougé. Il était soulagé d’avoir laissé son auto là-bas. Une chance que son ami avait été là pour le lift! Le gars, ou du moins ce qu’il en restait, extirpa de ses poches un paquet de cigarettes. Le projet de s’asseoir sur le divan fut laborieux, mais un succès. Il s’alluma une cigarette et se mit à penser aux derniers mois. Sa dernière relation n’était plus qu’un souvenir lointain et sa peine d’amour était sans doute terminée. Par contre, quelque chose n’allait toujours pas. Il était heureux. Il avait des temps libres pour lire, courir, faire un peu de mécanique, voir ses amis, mais, il en était sûr, quelque chose clochait. Ses finances allaient bien. Il était en appartement, dépensait beaucoup, travaillait souvent sept jours sur sept et ça lui convenait. Il était content de se prendre en main et de rembourser ses dettes. Par contre, il en était sûr, quelque chose clochait.

Trouver le problème n’était donc pas plus compliqué que ça. La conclusion était facile à tirer. Il était célibataire pour la première fois en pratiquement quatre ans et il occupait toutes ses pensées à songer aux filles qui pourraient s’avérer de bonnes candidates pour devenir une nouvelle blonde. De toute évidence, le gars était devenu dépendant affectif. L’habitude de toujours avoir quelqu’un à coller, qui était disparue, l’impression de ne pas pouvoir avancer davantage dans la vie en restant célibataire, tout y était. Ajouté à cela la peur de ne plus savoir comment aborder les filles et là, c’était un peu la panique. C’était sans doute pour ça que, ce soir, il avait simplement lâché prise.

Il en était insulté. Au fond de lui il le savait, ce n’était pas seulement une blonde qu’il voulait. Il savait très bien que s’il choisissait la première personne venue, il se tannerait rapidement et pour cause : ses sentiments ne seraient pas sincères. Sortir avec une fille qu’il venait de rencontrer et qu’il ne connaissait pas n’allait certainement pas aider sa cause, surtout en sachant très bien qu’il serait étonnant qu’ils aient beaucoup d’intérêts communs. Non, avoir une blonde lui manquait pour sûr, il s’en rendait compte chaque fois qu’il voyait un de ses amis avec sa blonde, mais la solution n’était pas d’inventer des sentiments. Mais pourquoi alors mesurer systématiquement ses chances de la sorte? Par moment, il se trouvait vraiment ridicule.

Demain matin, un peu avant 7 h, son cadran allait sonner et il n’en avait rien à foutre. Ce soir, il avait décidé de se saouler, et ce, sur un coup de tête, parce que c’était une façon pour lui de penser à autre chose qu’à ça. Il n’en pouvait plus de se dire, soir après soir, dès qu’il était seul, qu’il devrait déjà avoir à nouveau une blonde. Le pire était qu’en y pensant, il savait très bien qu’une blonde signifiait des obligations qui réapparaitraient. Cette liberté de faire de la mécanique, de courir, de jouer au billard avec ses amis, il allait beaucoup en perdre. Il allait continuer de tout faire cela, mais il allait passer beaucoup de temps avec sa blonde.

Wow. Après autant d’alcool en si peu de temps, rares étaient les fois où il pouvait raisonner aussi facilement. Le gars écrasa sa cigarette dans le cendrier et ne se fit pas prier pour en sortir une autre. Il commençait sans doute à dégriser. Il fallait se rendre à l’évidence, même s’il n’en avait pas envie, son ex avait laissé un énorme vide en lui. C’était peut-être un passage dans la peine d’amour quand on reste si longtemps avec quelqu’un, il n’en savait rien, mais il voulait simplement la remplacer par une nouvelle flamme. Sans doute pour mieux l’oublier. Un psy aurait sorti un truc comme ça. De toute évidence, sa priorité numéro un était maintenant de combler le vide laissé par son ex.

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